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samedi 28 juin 2025

Si près pour aller si loin

 


Il me reste soixante kilomètres à parcourir pour rejoindre Dieppe. Ce n'est rien et beaucoup à la fois. Environ deux heures de vélo, c'est une petite sortie. Donc rien. Mais la fatigue s'est accumulée depuis mon départ à 6h20. Il est 22h. J'ai déjà parcouru 340 km. Trois-cent-quarante-kilomètres : je n'ai jamais roulé autant. C'est donc beaucoup.

Pas tant que les tracas qui m'ont accompagné jusqu'à cet instant. Je les avais bien gérés et acceptés jusque là. Cette crevaison risque de porter le coup de grâce. La semaine professionnelle a été délicate. La maison vit au rythme de Parcours Sup et de ses incompréhensions. Le sport fait partie de moi ; mais je vous laisse imaginer à quel point l'avenir de Solène est bien plus important. Je viens d'utiliser ma dernière chambre à air de rechange. Je suis seul, en pleine Vallée de la Bresle, c'est à dire au milieu de rien. En journée, je n'hésite pas à interpeller les riverains pour remplir mes bidons et mon besoin social. Mais la nuit tombe, apportant son lot de doutes, de craintes ataviques et de réminiscences. 

Le poids des ténèbres pèse bien plus que celui de la course. On peut se préparer et s'entraîner pour une compétition sportive. L'épreuve nocturne, comme celle du passé, est bien plus difficile à appréhender. Je comprends à cet instant ce qui pousse de nombreux concurrents à abandonner en ultra-distance. 

Les perspectives visuelles se referment, tandis que s'ouvre la boîte à questions. "Si je subis une nouvelle crevaison, vais-je réussir une réparation de fortune comme celle que j'ai vue sur le net ? Si je ne peux toquer à une porte à minuit, trouverais-je un porche pour m'abriter ? Ou, pire, devrais-je demander à un taxi ou un copain de venir me chercher, signifiant un abandon ? David est prêt, même s'il est à une heure d'ici. C'est loin pour beaucoup, mais c'est près pour un Ami. On a bien ri avec Quenotte lorsqu'il m'a juré qu'il serait d'astreinte en cas de coup de blues, même dans l'avion qui l'amène en Corse. Il suffit de ces pensées et de la certitude de leur soutien pour me faire sourire et retrouver l'état mental pour lequel je me suis préparé :

Je venu là pour ça !

Découvrir la nuit et affronter les démons, qui profitent de chaque point de rupture pour se rappeler à mes mauvais souvenirs. Leurs petites voix que j'entends quand je ne réussis pas. Elles raisonnent d'autant plus fort dans les sport d'endurance qu'on y a investi son temps et son égo. Je les sens qui rodent autour de moi. Prêts à m'assaillir, me pousser à abandonner et confirmer ce que j'ai longtemps cru : mes faiblesses ou ces plafonds de verre, sportifs comme professionnels, auxquels je me heurte. Je leur parle :

Eh, salut les copains ! Comment ça va depuis la dernière fois ? Ca fait un bail ! Comme la confiance en moi vous a éloignés, je me suis mis en danger ce soir. Une semaine de merde, peu de sommeil, de la fatigue physique, la nuit, la galère avec mon vélo, que je n'ai pas suffisamment préparé : un lapsus organisationnel ?  Ca m'a fait plaisir de vous revoir. Mais le bonhomme et sa monture sont prêts : je repars. "Désolé les mecs, mais j'ai une fille à voir" (Will Hunting) : l'arrivée.

- Click -

Mon esprit a switché. "La machine" est de retour. J'enclenche mes outils à volonté. Un Spoème, d'Olivier Hervé : mon préféré.

De la musique, sans MP3 : Born to Run (Bruce Springsteen), Ghost in your heart (Bad English), Hold On To Tonight (Heaven's Edge), Welcome the Night (groupe havrais inconnu, rencontré sur un concert avec Black Design), Changing my Mind (Révolution Saints)

J'imagine que si je devais écrire "La prépa mentale pour les Nuls", je diviserais le bouquin en trois parties. 1. Identifie tes faiblesses : elles sont suffisamment stupides pour se répéter depuis ton enfance. 2. Utilise tes propres leviers : c'est probablement là qu'ils s'y trouvent aussi. La musique, les rires et l'amitié chez moi. 3. Quand tu t'apprêtes à rouler aussi longtemps, essaie de savoir pourquoi, pour-quoi et pour où. Ca t'aidera à retrouver ton chemin et actionner tes outils lorsque tu t'égareras. La préparation mentale, c'est aussi simple que cela en fait. 

Je m'imagine battre la mesure à la batterie, pour appuyer mon pédalage. J'engage Another Night  et ma descente de toms, avant celle de Sauchay. Souvenir impérissable de la prestation des Decibel sur le stade de Thérouldeville. La musique, les rires et l'amitié : c'est si simple pour moi.

Pour peu, j'aurais l'impression d'avoir les copains avec moi. Ce que David fît ce midi pendant deux heures, en partageant une partie du parcours, qui passait près de chez nous. Les rires et l'amitié : c'est si simple pour moi.



Jamais le temps n'est passé aussi vite sur un vélo. Paradoxalement, rouler de nuit est très sécurisant. Les voitures te voient de loin et peuvent te dépasser sans risque. C'est surtout grisant, comme ces foulées que l'on réalisait pour jouer avec ce qui ne devenait plus qu'une forme ronde et blanche, dans ton quartier pas éclairé : le foot de rue et ce qu'il apportait de sociabilité. Il n'y a pas que des saloperies qui t'arrivent quand tu es gamin. C'est à toi de choisir ce que tu veux retenir. C'était à moi de choisir si je voulais remonter sur le vélo ou bâcher. C'est tout sourire que j'arrive à la base vie. Je me retourne instinctivement, comme pour observer le chemin parcouru : "T'as perdu Lebouvier !".

Quatre cents bornes en moins de dix neuf heures. J'avais été cherché bien plus que le chrono et la distance, mais je suis quand même fier de faire tamponner ma carte de Brevet Randonneur Mondial sur 400 km : BRM 400. Patrice m'accueille. Il veille toutes les nuits pour accueillir les participants de l'Etoile Normande. Le concept est parfait : dix boucles autour de Dieppe, que chacun peut parcourir pendant dix jours. Les finishers, comme Guillaume, réaliseront plus de deux mille kilomètres en neufs jours, profitant de la Brasserie Dieppoise pour récupérer. Pour ma part, j'ai choisi de concentrer mon effort sur trente quatre heures. Quatre cents bornes ce samedi. Un couchage express dans la voiture, pour ne pas importuner les autres cyclosportifs installés dans le dortoir, par mon bruit de moteur ... Et la dernière étape dans moins de quatre heures avec Guillaume, mon camarade d'entraînement cantilien. Je profite des commodités du lieu pour me brosser les dents (à l'eau !) avant de remercier chaleureusement mon hôte :"Je n'ai jamais été aussi près, pour aller si loin".

Un Ironman au Danemark pour me révéler ; deux en Hollande, dont un me confrontant à l'abandon et des limites que j'ai dépassées ; la Gravel Of Legend (GOLD) entre Arromanches et Angers ; puis deux monuments du cyclismes dans les Flandres et à Roubaix. C'est pourtant à moins de trois quart d'heures de route, que je viens de parcourir ma plus longue en distance et un voyage intérieur encore plus grand.


Le repos dans le Scénic fut court et inconfortable. Mais je me console, en me disant que mon aventure aurait pu être moins longue et son issue moins confortable si j'étais revenu à la maison trop tôt. J'imagine la tête de Vanessa et l'inquiétude de mes filles,  en pleine nuit, et anticipe leur interdiction de m'aligner à nouveau sur de tels formats. J'imagine la tête et la réaction de Christophe, Mon Poulain, si j'avais abonné : pas crédible l'entraîneur !  Le mari, le papa et le coach sont prêts à en découdre. Le copain de vélo attend impatiemment son sparing partenaire pour le débriefer de ses mille huit cents kilomètres accomplis.



Après un petit déjeuner rapide avec Guillaume, nous enfourchons nos fidèles montures. Il me détaille ses journées de deux à trois cents bornes, que j'avais appréhendées au travers de nos échanges WhatsApp. Il me parle de l'ambiance de la semaine ; de ses compagnons avec qui il partageait kilomètres avant de se séparer ou se rejoindre, en fonction du rythme de chacun. Plus la distance s'allonge, plus il faut être à l'écoute de ses sensations ; au risque d'exploser en voulant suivre ou attendre son coéquipier. Et plus la distance s'allonge, plus les rencontres sont mémorables. Cela créée ou impacte des amitiés avec autant de force que la route fut difficile. Paris-Roubaix : une de ces nombreuses cerises sur le gâteau, que l'on partage avec David depuis trente ans. La GOLD : cette pépite que j'ai trouvée en Jérôme et un métal aussi précieux que ce qu'est devenu Quenotte à mes yeux. Tandis que nous roulons à bon train, nous croisons ainsi Patrick, un dieppois très sympa et Bob Watt, un britannique dont le nom prédestinait à la bicyclette. Pardonnez la facilité de cette vanne qui n'a d'égal que mon coup de pédale : on a vent dans le dos.

Las, nous nous engageons dans le Pays de Bray et ses cuvettes incessantes, sous une chaleur méditerranéenne. Il est dix heure, lorsque je m'asperge déjà d'eau dans le magnifique village de Gerberoy. L'indice UV était de trois, hier. J'ai donc fait l'impasse sur la crème solaire. Mal m'en a pris : j'ai rougi. Patrick et son collègue m'attendent patiemment. Au gré des côtes que je subis de plus en plus, il prennent la décision de poursuivre seuls, devant. Ils ont bien raison : ma course s'est achevée avec mon BRM 400 la nuit dernière. Aujourd'hui cela devait être une balade relâchée, comme la dernière étape du Tour. Je n'ai plus l'esprit à me faire mal. Mais c'est avec plaisir que nous les retrouvons alors qu'ils sortent d'un café ou d'un restaurant. Je comprends pourquoi il va vite avec ses prolongateurs : il est pressé de faire la tournée des bars ! La joyeuse bande se formant et se reformant au grés des pauses, nous nous retrouvons à Forge les Eaux. On les laisse filer : je veux profiter des ombrages de cette station thermale pour effectuer une micro-sieste. J'en ai autant besoin qu'envie de tester ce mode de récupération en vue de Paris-Brest-Paris 2027. En effet, il ne faudra pas compter sur un lit douillé et des nuits de huit heures pour effectuer l'épreuve dans les délais impartis. Je repars rafraichi, ragaillardi, la tête pleine de sourires, et le séant ...  Disons simplement que si je dois chercher un sponsor, ce sera plutôt Mitosyl qu'un fournisseur de boissons énergétique !

Nous progressons à rythme de sénateur sur l'Avenue Verte, ponctuée de ces incessants cédez le passage. Vous noterez mon allitération en "S", confirmant mon agacement : "Quand on voit ce qui existe [en Europe du Nord] et quand on voit ce qu'on tape [ici] " (Les Inconnus). Il est quinze heures lorsque nous arrivons sur le plan d'eau de Saint-Aubin-Le-Cauf. Nous avons plus d'une heure d'avance sur la barrière horaire. Arrêt trempette et arrêt tout court pour apprécier l'instant. Cela fait près d'un an que nous nous sommes lancés dans cette aventure et que nous nous entraînons régulièrement ensemble. Il va devenir Finisher avec plus de deux mille bornes au compteur. J'ai choppé mon BRM 400 et pas mal d'enseignements dans la perspective de mon Défi 2027. C'était important de se poser un peu pour repenser à cette année et à cette adage du philosophe le plus célèbre de ce blog : "L'aventure ensemble ; le défi face à soi-même" (Quenotte).

S'en suit un phénomène exceptionnel, probablement lié aux les circonstances du jour. La longueur de l'épreuve, sa difficulté, la fatigue, le soleil, les bienfaits de l'étang ou la présence de ce nouvel ami : je ne saurais écrire celle qui impacta le plus. Pour reprendre le thème de ce billet, alors que nous sommes si proches de l'arrivée, je n'ai jamais été aussi loin dans cet état. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela fait dix minutes que ...

... je ne parle pas !

En silence, je contemple les oiseaux et la vue sur le Château d'Arques, tandis que des petits poissons me chatouillent les pieds. Je me retourne vers Guillaume, dans cet état de sérénité et de béatitude, qui le caractérise. C'est un athlète qui met à mal la profession : il n'a pas besoin de coach ! Son mindset est exemplaire. Beaucoup considèrent le préparation mentale à l'aulne d'une épreuve sportive. Pourtant, l'état d'esprit, l'adaptabilité, la résilience et les outils se travaillent au quotidien. Avez-vous déjà rencontré des marathoniens s'aligner sur l'épreuve reine, après trois sorties d'une heure ? Non ? Il en est pourtant de même sur la préparation mentale ! Improviser trois séances à l'approche de l'échéance relève du mythe et du gadget. A vrai dire, Guillaume porte assez mal son surnom "Groyom" (grognon) et devrait prendre celui dont m'affuble Christophe : "Maître Zen".


Un instant magique, comme peut nous en offrir l'ultra. A un kilomètre de l'arrivée à la brasserie, il reste un pétard de près de 14% à franchir avec cette question existentielle : mais pourquoi faut-il monter si durement, avant de descendre des bières ?



IronLoulou
Un périple si près, qui m'a amené si loin.
Mais qu'est-ce qu'on est bien quand on va loin !



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Pour les suiveurs de Strava, c'est ici : https://www.strava.com/activities/14808811809

Boucle 3 : 170 km avec Groyom

Boucle 2 : 200 km avec la nuit

Boucle 1 : 200 km avec David un moment








jeudi 29 mai 2025

Dis Papa ...



 - Dis Papa, tu t'ennuies pas toute la journée sur ton vélo ?

La pertinence des questions de Victoire, ma fille aînée, m'a toujours fasciné. Ca tombe bien, elle veut en faire son métier. Ca tombe bien, j'ai eu quinze heures pour y réfléchir et lui répondre.

« 
Hier, j'ai participé à un brevet de trois cent kilomètres, organisé par le Vélo Club de Canteleu. La pluie et la distance avaient dissuadé nombre de participants, de sorte que nous ne fûmes que deux inscrits. Mais Pascal, l'organisateur, eut la gentillesse de maintenir l'épreuve. Mieux, il proposa de nous accompagner un "bout de route".



Nous sommes partis avec grande prudence, bien calés sur le rythme de ce cycliste aguerri. Peu avare de paroles et de partages, il nous a fait profiter de son expérience du Paris-Brest-Paris. J'étais d'autant plus attentif que je vise cette épreuve en 2027. Dans de telles conditions, le temps passait vraiment vite. Après Dieppe luttant contre le vent et le dénivelé, il nous invita à poursuivre sans lui. Sa décision était sage ; comme l'homme. Agé de plus de soixante cinq ans, il a roulé à près de vingt-quatre kilomètres heure. C'est très impressionnant. Le "bout de route" dura cent kilomètres.

- Dans l'ultra-distance tout est relatif ! 

Nous avions convenu de lui envoyer des photos en guise de point de contrôle, délaissant le coup de tampon des commerçants sur le carton orangé : une entorse à la tradition ! Après Blangy sur Bresle, nous avons filé contre le vent (pas comme !) vers Aumale. La circulation sur la route que nous empruntions nous empêchant de rouler à deux de front, chacun restait dans sa bulle. Je profitais des prolongateurs pour effectuer de longs relais à l'avant ; désireux de prendre une pause déjeuner et une revanche contre le Dutch Wind : le vent vif des Pays Bas. Les pensées défilaient comme les kilomètres, sur un air approprié de Bon Jovi.

Wild Is The Wind

Pour la première fois, je retrouvais des bosses et une météo similaires à celles que j'avais connues lors de mon abandon sur l'Ironman de Maastricht. Pour la première fois, je ne luttais plus contre les éléments et le chronomètre. Pour la fois, je me sentais définitivement apaisé.

- Pour passer le temps, on peut aussi parler à Zéphyr et à soi-même.

A Aumale, mon compagnon trouva un bon spot : un banc, un cour d'eau et une boulangerie pour nous abriter du vent. Pascal nous y rejoignit alors que nous apprêtions à partir. S'il se plaignait du cou, son regard exprimait la détermination. Il allait terminer. Peu importait les délais. C'était une certitude. Cette attitude qui fait la beauté de cette pratique.

Avant Gournay, les conditions était plus favorables pour discuter avec Groyom. La magie de Strava nous a réuni. Il y a deux ans, je lui piquais un KOM : un record de chrono sur une portion prédéfinie ; puis des parcours en Forêt de Roumare afin de découvrir de nouvelles chemins. Nous nous suivîmes mutuellement sur ce réseau social de sportif jusqu'à ce jour où il m'interpella, alors que je courrais dans les rues de notre ville. On échangea nos numéros de téléphone et la promesse de rouler ensemble. Notre premier rendez-vous eut lieu à un bureau de vote, à l'occasion des élections législatives. Le courant passa très vite: même envie de long et de vert. C'est un amoureux de la nature. Le compagnon idéal pour passer l'hiver et les sorties longues : cette année nous avons enchaîné les cent bornes comme des perles. Un deux cents, sous le cagnard, et ce trois cents.


Le retour sur les routes principales nous invita à nous remettre l'un derrière l'autre. Je reprenais mon travail en position aérodynamique à l'avant avec autant de plaisir dans mon dialogue interne et un peu moins de force dans les jambes. Les kilomètres et le vent commençaient à user. Je protégeais ainsi Groyom, moins à l'aise dans ces conditions. Je lui devait bien cela. Je me souviens et le remercie encore de m'avoir aidé à bouclé notre périple du premier mai, réalisé dans la chaleur que je supporte mal. Et je me doutais qu'il serait précieux sur la fin de parcours très vallonée qui nous attendait.

Dès la sortie de Vernon, la Côte du Père Adam, me repositionnait à ma condition de simple humain du Sixième Jour. S'en suivait celle de Port Mort (comme moi !) et celle de Tuit, offrant un joli point de vue sur la Seine : je frise le pléonasme tellement j'aime notre fleuve. Groyom devait s'arrêter pour prendre une photo. Ce que je pouvais éviter, compte tenu de l'allure piétonnière à laquelle je grimpais.


Il m'encourageait et souriait ; fidèle à lui-même, constant dans son humeur et sa béatitude. Jamais je ne l'ai vu pester ni souffrir sur le vélo. Autant des gens peuvent te transmettre leur stress, autant lui t'irradie de sa sérénité. Christophe me qualifie parfois de Maître Zen quand je le conseille sur ses entraînements. J'ai hâte qu'il rencontre Groyom ; et pas uniquement pour apprécier cela.

- La véritable Solidarité existe. Elle se mesure sur le long terme.

Il m'attendit en haut de la Côte Jacques Anquetil, qu'empruntera le Tour de France cet année. Je profitais de la pelouse d'entrée de ville pour reposer mes pieds. Ils avaient gonflé et eu la délicatesse d'attendre deux cents quatre-vingts kilomètres pour me le faire savoir. 

Je me savais dans un temps faible. Un "down", comme le qualifient les nouveaux chantres de l'épanouissement personnel. Du perso au pro, on en a tous. 

- La question n'est pas de savoir pourquoi on s'y trouve, mais comment on les passe.

L'arrivée dans la métropole rouennaise me permettait de me réalimenter et m'hydrater correctement. Restait alors à profiter de  ses aménagements cyclables ; toujours attentionnés, parfois incompréhensibles. Restait alors à effacer la Côte de Maupassant, où notre grimpeur s'envolait une dernière fois. Restait à se congratuler pour cette aventure. Restait à fixer la prochaine : l'Etoile Normande !





- Le vélo. Quel meilleur prétexte pour échanger avec des copains et avec sa fille adorée ?

»
La vérité sort de la bouche de mes enfants. Cela m'a toujours fasciné.


IronLoulou





Aumale

Gisors

Les Andelys

Pascal





mardi 18 février 2025

Coaching

 


En recevant ce message de Christophe, alias Mon Poulain, je me suis interrogé : y- a-t-il des liens entre le coaching sportif et l'accompagnement de collectifs d'entrepreneurs (mon métier) ? 🚴‍♂️


Quand je décompose ma méthodologie, j'en trouve quelques-uns :


1️⃣ Partir de l'objectif de l'autre

* Il faut avouer qu'il faut être un peu tordu pour s'engager sur de telles distances : que recherchent ces fous de vélo ? 😱

* Je démarre souvent mes interventions, en demandant aux participants de répondre à cette question : "à l'issue de cette matinée, je serai content si ..." 🙄


2️⃣ Déterminer quelles sont ses capacités mobilisables

* Le temps, les créneaux d'entraînement du sportif et sa vie pro/perso 👨‍👩‍👧‍👦

* Les disponibilités des dirigeants. En repartant de la réunion (s'ils n'ont pas du prendre un appel en cours), ils retrouveront la vraie vie aussi. On l'oublie trop souvent, ils ne viennent pas pour le plaisir de coller des post-it 🟨🟥🟩 😂


3️⃣ Identifier ses leviers

* Je ne parle pas de la motivation (vue en 1️⃣) ; mais de la manière dont son interlocuteur aime faire les choses

* La mobilisation des muscles profonds est essentielle en sport. Certains vont pousser de la fonte ; d'autres préfèrent réaliser des exercices de Pilate. L'essentiel, c'est de s'exercer. 💪

* Cocooner ses interlocuteurs. Souhaitent-ils davantage décompresser ou s'élever intellectuellement ? Sont-ils, plutôt du soir ou du matin ? Préfèrent-ils le format 10-14h ? Spoil : ne soyez jamais à court de café 🍵 !


4️⃣ Les besoins sont évalués. A ce moment seulement, il est temps de

* Prendre la posture d'expert (sportif ou professionnel) 📚

* Adapter sa méthode d'accompagnement 🙏


5️⃣ Mesurer et corriger avec eux, tout au long de l'accompagnement 🛣


▶ En conclusion et à la base de tout cela : "on n'intervient jamais pour briller, mais pour emmener" 😇

dimanche 21 janvier 2024

1 chute à vélo et 4 enseignements

 

1. Relève-toi quand tu tombes 💪
2. L'important, ce n'est pas la taille... de la séance 😂
3. Mets toujours tes trainings en perspective 🧐
4. Le judo, ça peut toujours servir en vélo #chute 😜

S-10 avant le Tour des Flandres


IronLoulou











mardi 16 janvier 2024

La difficulté fait partie du défi

Hier soir, Pierre-Yves me contactes. Il vient "vient d'exploser en vol" sur un training.


Je m'empresse de lui répondre.


C'est bien encourageant tout ça.(...) Une nouvelle limite, que tu vas dépasser.

C'est le principe de l'entraînement : du stress pour progresser. Si c'est trop facile, tu stagnes. Comme dans la vie scolaire. Je digresses en songeant à ma dernière discussion avec Victoire sur Sciences Po : pas si évident, une fois qu'on y est entré.

Selon moi, et plus probablement la théorie de Tim Noakes, tu as "explosé" car tu as été surpris. Ton cerveau, alias le Gouverneur Central, as sécurisé en stoppant.

Retournes-y une fois, deux fois, trois fois, avec le sérieux et la concentration, qui te caractérisent. Ça finira par passer. Le Gouverneur Central acceptera.

C'est toujours plaisant de franchir des paliers, à force de travail. Perso, j'adore me fixer des challenges.

Qui aurait imaginer que je m'alignerai sur une des classiques les plus difficiles ? J'en chie. C'est dur de m'adapter à un autre effort (plus lissé). J'en chierai.

Mais en franchissant la finish line, je me retournerai en pensant à ce que j'ai fait. Ce qui n'appartient qu'à moi. Puis, je regarderai devant, en me demandant quand j'y retournerai.

Je t'en souhaite autant. Et suis certain, que tu profiteras de ce plaisir.

La difficulté fait partie du défi. Mieux, c'est elle qui lui donne cette saveur si singulière et personnelle.

ENJOY my Friend !


En écrivant ces lignes, elle revient.

Elle revient ...

cette putain d'envie de (re)trouver ce goût de la force et de la réussite d'une course aboutie, de la préparation à la réalisation

En 2021, j'avais bien préparé l'Ironman du Gelreman. Pas réalisé au point de 2019, à Copenhague.
Réussir sur les deux points en 2024, sur un vélo ?


IronLoulou

lundi 20 novembre 2023

Ta Performance


Je les ai longtemps détestés, ces bien nés. Ces quarterbacks du lycée. 

Pourquoi ce qui leur semblait si facile, m'était inaccessible ? Le sport, les études et les filles. Encore ce matin, Jo courrait un marathon en à peine plus de trois heures, malgré un vent d'une force inversement proportionnelle à son temps de préparation : à peine un mois ! A 20 ans, en m'entraînant pendant 20 semaines, à raison de 20h hebdo, je ne pouvais espérer un tel chrono. C'est sportivement impressionnant. Amicalement énervant. Déjà au lycée, il collectionnait les éloges des profs et les conquêtes. Amicalement énervant. Très énervant !


Alors ? Pourquoi tant de haine ? 


Parce que les cadors nous renvoient à notre propre finitude. Dame Nature ne nous a pas dotés de la même manière. Quand on évoque les standards de VMA ou de PMA (Vitesse ou Puissance Maximale Aérobie), je suis bien loin de celle des champions. A 60 pulsations par minutes, ma fréquence cardiaque au repos reste au-delà des 35-40 des sportifs d'endurance. En déménageant mes parents, je retrouvais une radio, indiquant une anomalie sur une vertèbre dorso-lombaire ; et mon père, avec cette insuffisance veineuse qu'il nous a léguée. Je l'ai déjà écrit, je ne savais pas sauter à pieds joints en maternelle ; laissant augurer des "troubles psychomoteurs". Mon institutrice aurait bien pu faire valoir son expertise scientifique à la télé, si BFM avait existé ... Quant à mon gabarit, il ne me permet pas de jouer pivot en NBA ! Ainsi, "Les fées soient disant magiques [auraient] loupé [mon] berceau".


Alors quoi ? Je laisse la performance à ceux qui peuvent y prétendre ? 

Alors quoi ? Je ne peux être fier de ce que je vise et de ce que j'ai réalisé ?

Non ! Pas besoin d'être un cador pour performer et kiffer le sport.


D'abord, je ne connais pas d'ami, qui ait décroché de breloque significative ; à l'exception de Dimitri. Encore bravo pour ce titre de champion d'Europe. Je t'ai vu barbotter dans une eau à 16 degré, sans combi, il y a une douzaine d'années. Je t'ai vu blessé. Mais, je ne t'ai jamais vu douter du soutien de ton père. Et je te remercie à nouveau du tien à Copenhague

Même Jo et un Sub 3 ne seraient pas qualifiés pour les France. Alors que cherches tu aussi ? Ce matin, j'interrogeais David T. à ce sujet, avant qu'il ne me fasse exploser à vélo.

- Je ne vise pas le Tour des Flandres pour une "performance" ; juste pour finir.
- Non, David : il y a bien plus que cela. Qu'est-ce que tu vas chercher là-bas ?


S'engage alors un de ces échanges que j'aime, sur nos recherches et défis personnels. Car, il s'agit bien de cela : la performance n'est pas le monopole des champions. Elle à soi !

A chacun de se fixer un objectif et de mettre en œuvre les moyens pour y parvenir.
A chacun de s'entraîner avec assiduité.
A chacun sa victoire : relever et remporter son défi face à lui-même


Benjamin réalisant son premier 10 kilomètres, faisant fi de la nicotine. Christophe, finisher de la Gravel Of Legend, malgré un malaise vagal. Pierre-Yves s'entraînant scrupuleusement pour réaliser l'Etape du Tour, sédentaire depuis qu'on se connaît. Chacun son défi. Chacun ses raisons de s'y engager et les leviers pour en sortir vainqueur. Le coach n'en connait qu'une partie, qu'il sera ravi d'avoir partagé, et d'utiliser comme terreau pour la future performance. 


Elle est là, la performance. Dans ces trois points personnels, davantage que dans les 4 chiffres d'un chrono universel.

Elle est là, la performance. Dans cette maxime, que je fais mienne : "Je ne choisis pas d'où je pars ; je choisis où et comment je vais." 

Une variante du -  "Je ne choisis pas ce qui m'arrive ; je choisis ce que j'en fais" - bien utile en ultra.

Il y aura des moments maudits
Oui, mais chaque victoire ne sera que la tienneEt toi seule en sauras le prix


Rendons à Jean-Jacques, ce qui appartient à Jean-Jacques. Sa chanson synthétise des éléments, dont je voulais vous faire part depuis longtemps.

Jean-Jacques, pour nos plus grands fous rires avec Séb et David. Jean-Jacques, pour de bons moments de partages avec mon Petit Frère.

Jean-Jacques, pour une seconde chanson francophone dans mes Ironsongs. La première ayant été suggérée par Quenotte, pour que je "cours vite".



(Ta) Performance
Ta force, ta dissonanceFaudra remplacer tous les "pas de chance" par de l'intelligence(Ta) Performance, pas le choix(Ta) PerformanceTa source, ta dissidenceToujours prouver deux fois plus que les autres assoupis d'évidenceTa puissance naîtra là
(Ta) PerformanceLe cadeau de ta naissanceY a tant d'envies, tant de rêves qui naissent d'une vraie souffranceQui te lance et te soutient(Ta) PerformanceTon appétit, ton essenceLa blessure où tu viendras puiser la force et l'impertinenceQui t'avance un peu plus loin
(Ta) Performance(ouh, ouh)(Ta) Performance


IronLoulou


Epilogue : Non, Jo ne partait pas de rien en engageant sa préparation pour ce marathon ; et non, je ne le déteste pas ! 






jeudi 9 novembre 2023

4ème ...

Il faudra bien que je cesse de poursuivre ces quêtes, qui me dépassent et m’invitent à me dépasser.

Alors, je me retournerai et j’accepterai.

Je les contemplerai avec gratitude.

Ces démons du passé.

Ceux-là même, qui nécessitèrent de fonder, développer et d’apprécier mes trois piliers :

Le dépassement sportif, l’amitié et la paternité.

Unis comme un seul.

Du petit gros doutant à l’ultra-performeur conseillant, il y a ces chemins que j’ai empruntés.

Dans cette même montagne, que celle de Sisyphe.

Celle qui m’offre bien plus de force qu’elle ne m’en prend, à mesure que je l’arpente.

Des sentiers et des clés, que j'aime partager.

Alors, en attendant de m'arrêter, je m’engage sur une nouvelle route.

Ou, plutôt une Ronde belge, que les cyclistes auront reconnue : le Tour des Flandres !


IronLoulou

mardi 29 août 2023

Charly avait raison

 


Charly se dresse sur son youpala. Un pas, puis l'autre. Que faire de ces pieds, au contact d'un sol, bien plus froid que la chaleur de ses parents ? La jambe fléchit et tremble comme son buste, rempli de rires. 

Son trotteur n'avance plus. D'aucuns diraient qu'il commet des erreurs de débutant. Qu'importe ! Maman, elle, agit et l'aide doucement. Il était simplement bloqué contre le canapé.

Ragaillardi par cette assistance réconfortante, Charly repart dare - dare.

Ca va trop vite ! Faut qu'j'm'arrête. Qu'importe ! Papa est là. Il me regarde. On se marre. Qu'est-ce qu'on est bien là.

Quel joie de découvrir cela. J'existe au travers de mon corps et des yeux de mes aimants. J'existe et suis en devenir car, à coup  sûr, j'arriverai à la phase suivante : marcher.

Charly découvre de nouvelles sensations : ça l'enivre. Il prend conscience d'horizons infinis à explorer et de la puissance de cette enveloppe, en éternelle construction. Celle du rire et de l'amour de ses proches.

Ces fondamentaux*, que je peux oublier, engoncé dans un costume de "grand". Celui que j'enfile, endimanché et obnubilé par des objectifs de performance chronométrique.

Le plaisir de ces nouveaux stimuli et de dépasser mes limites, pas à pas, sous les encouragements de mes proches.



Charly avait raison.


IronLoulou




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 * Terme rugbystique oblige, à une semaine du coupe d'envoi de la Coupe du Monde de Rugby